La maison de retraite Degommier



du nom de son fondateur Cantien Eloi Degommier

Cantien Eloi Degommier est né le mardi 5 décembre 1815 à Cerny, mort le 11 novembre 1890 à Cerny. Fils de Cantien Philippe Degommier (décédé le 19 octobre 1837 à l'âge de 60 ans) et de Marie Magdeleine Servant, il eut une sœur Julienne Angélique décédée le 29 avril 1831 à l'âge de 24 ans.

Agriculteur, il exploitait la ferme où se trouve la maison de retraite qui porte son nom. Aisé et philanthrope, il fit construire, à ses frais, des abris pour protéger des intempéries ses ouvriers agricoles. Il participa aux instances de la commune de Cerny pendant 42 ans -1846 à 1888- en occupant tour à tour les postes de conseiller municipal ou d'adjoint et enfin le siège de maire. Il tentera à plusieurs reprises de devenir maire, mais il se heurtera à une opposition coriace.

De plus si l'on en croit ce qui suit, il ne semblait pas bénéficier d'une bonne réputation auprès des hautes instances du département. Dans le village de Cerny, 800 habitants, la tranquillité domine, les conseillers de 1840 sont presque toujours présents en 1848. Pourtant, lors de cette première du suffrage universel, le conseiller municipal Degommier adresse un courrier au sous-préfet, lui signalant que les élections ne sont pas régulières. Le maire Damiot aurait envoyé "son garde champêtre chez les électeurs pour les influencer". Degommier rappelle que "sous le régime républicain, les seules voies légales pour l'obtention des suffrages […] sont les réunions publiques préparatoires". Le sous-préfet rejettera cette demande d'annulation des élections du fait qu'elle est "sans valeur et qu'elle provient de la plus mauvaise tête de la commune".

Les élections de 1852 sont cependant marquées par un fort rajeunissement de l'équipe municipale. On compta sept nouveaux conseillers sur dix élus, dont plusieurs de moins de quarante ans. L'ancien maire Damiot devient adjoint alors que le maire n'est autre que le marquis de Selve, également conseiller général, ayant échoué de peu lors de l'élection municipale de 1848. La "plus mauvaise tête" Degommier est secrétaire de l'assemblée communale en 1852 et obtient le plus de voix ! Le sous-préfet le nomme adjoint. Il le restera durant plusieurs mandats aux côtés du jeune marquis (il dominera la commune jusqu'en 1878). Le rajeunissement du conseil municipal de Cerny s'effectue donc après une grande stabilité et la contestation du maire en 1848. Il y a sans doute deux clans qui s'affrontent à Cerny, la génération " jeune " (du marquis-maire) s'opposant au notable octogénaire. Le 12 septembre 1858, il devient officier municipal en remplacement de M. Charles François Damiot qui vient de démissionner pour raison de santé. Finalement il fut élu maire de Cerny le 22 mai 1887 et le resta jusqu'en 1888. Il démissionnera pour raison de santé le 31 décembre 1887, mais le sous préfet refusera d'enregistrer sa démission lui demandant d'attendre jusqu'aux élections prochaines.

Résumé des séances du conseil municipal sous la présidence de M. Cantien Degommier, maire. Le conseil se réunit extraordinairement le 22 mai 1887 afin d'examiner la supplique d'un jeune soldat tiré au sort afin qu'il reste dans ses foyers comme soutien de famille son père ne pouvant ni marcher ni travailler. Le conseil est d'accord et transmet un avis favorable à l'administration supérieure. Puis les nouvelles élections eurent lieu, M. Degommier est alors élu maire et M. Raimbault adjoint. En août 1887, le Conseil demande à l'administration supérieure à ce que l'ancien cimetière entourant l'église soit converti en promenade publique qui ne pourra être embarrassé de quoi que ce soit. Il ne sera permis en aucune circonstance d'établir sur cette promenade aucun bal public. Plusieurs bancs seront posés sur cette promenade. De plus cette place sera plantée par une rangée de tilleuls bordant la rue. Le mur sera enlevé. Les propriétaires riverains n'auront le droit d'ouvrir aucune ouverture sans l'autorisation expresse du conseil. M. le Marquis de Selve demande au Conseil à ce que la délibération mentionne l'observation suivante : "sous la réserve de tous droits et usages acquis, cet amendement est repoussé".

Le 16 octobre 1887 le conseil examine une circulaire préfectorale dans laquelle le préfet fait connaître que par délibération le conseil général a déclassé les routes départementales et décidé la constitution unique de chemins de grande communication. Cette décision mettait en fait à la charge de Cerny l'entretien de voies supplémentaires. Le conseil tient à souligner que par sa configuration topographique Cerny se trouve obligé d'entretenir un réseau vicinal étendu et de construire des chemins ruraux nouveaux et coûteux pour assurer la culture d'une grande superficie et de citer les frais nécessaires pour lesquels elle paye 19 000 francs de dépenses. De plus, les conséquences financières de la construction de l'école et de la mairie (1881) pèsent sur le budget communal. Le conseil municipal prie donc le conseil général de ne pas donner suite à ce projet. Dans sa session du 16 novembre 1887, le conseil décide d'accorder aux médecins 1 franc par malade indigent quel que soit le nombre de visites. Dans la même séance le conseil demande une prompte solution à propos du mur de l'ancien cimetière et de la désaffection le plus tôt possible de ce dernier. En outre, la marche d'entrée du cimetière mise par le curé sans l'approbation du conseil entrave la circulation et doit être enlevée dans les plus brefs délais.

Et puis, le 31 décembre 1887, nous trouvons dans les registres, écrite de la main même de Degommier cette décision : "Je soussigné, Cantien, Eloi, Degommier, usant de la faculté accordée par la loi sur l'organisation municipale de 1844 et pour cause de santé, délègue M. Raimbault, adjoint qui a accepté pour remplir les fonctions de maire et d'officier de l'Etat Civil de la commune de Cerny, à partir de demain, premier janvier 1888 et cela de l'avis de M. le sous préfet qui a refusé ma démission de maire pour le motif que les élections Générales auront lieu dans quelques mois ".

Sans descendance, M. Degommier fit don de sa ferme à la commune pour créer un hospice, qui au début, était essentiellement réservé aux vieillards et indigents de Cerny.

Les travaux de transformation de cette ferme en hospice durèrent cinq ans. Le décret de création, signé par le président de la République, est daté du 28 février 1892. En 1895, les sœurs de Saint-Paul-de-Chartres, prirent en charge cette institution. Les sœurs s'en occupèrent avec dévouement jusqu'en 1980.

Les années passant, la maison ne correspondait plus aux normes d'hygiène, de sécurité et de confort nécessaires à la vie actuelle et prévues par les textes réglementaires en vigueur. La législation au sujet de la reconversion des hospices en maison de retraite date de 1975. L'arrêté préfectoral de transformation de cet hospice en maison de retraite publique est daté du 28 février 1985. L'établissement n'est plus propriété communale mais départementale. Les maisons de retraite publiques dépendent des directions régionales et départementales de l'action sanitaire et sociale (Drass et DDASS).

En 1886, Cantien Degommier se fera élever une sépulture, dans le cimetière de Cerny, où il repose auprès de ses parents et sa sœur. Lors de la donation de tous ses biens à la commune, il avait été convenu que cette dernière aurait à charge l'entretien de sa sépulture. Afin de lui rendre hommage, l'hospice dès son origine reçut le nom "d'hospice Degommier", puis en 1985 quand cette dénomination fut remplacée par l'appellation maison de retraite elle devint "Maison de retraite Cantien Degommier". Enfin de conseil municipal décida de donner son nom à la rue où il a habité.

Pascal Genet