La mairie-école




Historique

L’élection des maires en 1882, va imposer la mairie comme siège d’institution, lieu de pouvoir et donc lieu symbolique. C’est là que les décisions sont prises engageant l’avenir de la commune. C’est aussi la mairie qui est le siège de la mémoire de la commune : mémoire du sol avec le cadastre, mémoire de la gestion municipale avec les délibérations et les arrêtés, mémoire de la vie des gens avec l’état civil. C’est enfin là que viennent les administrés quand ils ont besoin d’un papier administratif.

Ce n’est que deux ans plus tard que la grande loi, du 5 avril 1884, sur l’organisation municipale, oblige par son article 136 toute commune à avoir une mairie. Jusqu’alors c’était la loi du 18 juillet 1837 qui était en vigueur : elle instituait comme dépense obligatoire l’entretien de la mairie pour les communes qui en possédaient une mais n’obligeait pas les autres à avoir une maison commune. Dans ce cas c’était bien souvent la maison du maire qui en faisait office.

Cerny possède bien une maison commune, située vis à vis du "temple ", et une école que nous situons au 2 rue Saint-Pierre, pourtant le Conseil Municipal, reconnaissant l’insuffisance de l’école actuelle, décide dès 1879 la construction d’une mairie-école. Cette décision fut très certainement incitée par les récriminations du préfet, mais également par les avantages qu’on pouvait tirer de la loi du 1er juin 1878 qui porte sur la création d’une Caisse spéciale pour l’établissement et l’amélioration des bâtiments scolaires.

Le 8 juin 1879, le Conseil Municipal se réunit sous la présidence du maire Monsieur le Marquis Georges de Selve. Celui-ci informe le Conseil qu'une nouvelle loi, du ler juin 1878, porte sur la création d'une Caisse spéciale pour l'établissement et l'amélioration des bâtiments scolaires.

Il donne ensuite lecture d'une lettre de Monsieur le sous-préfet d’Etampes, datée du 6 août 1878.

"Monsieur le Maire,

Je viens appeler toute votre attention et celle de votre Conseil Municipal sur l'état défectueux de votre maison d'école et sur l'intérêt que peut avoir la commune de Cerny à se mettre en mesure de prendre part au bénéfice de la loi récente au lieu de s'exposer à être obligée très prochainement à construire une école avec ses seules propres ressources.

Je n'ai pas besoin de vous signaler tous les inconvénients de votre maison d'école ; vous les connaissez mieux que moi, notamment l'entrée dans une étroite ruelle, un escalier non couvert, offrant un grand danger pour les enfants, surtout en hiver, le cloaque qui sert de cour est d'un espace trop insuffisant ; la mauvaise situation des lieux d'aisance, l'insalubrité de la maison de l'instituteur, la séparation et l'éloignement de la Mairie.

Dans cette situation, je crois qu'il est de mon devoir de vouloir bien dans la session d’août provoquer un vote du Conseil favorable à la construction d'une nouvelle école, en avisant aux moyens de faire face à la dépense à l'aide d'un emprunt à la caisse des écoles et d'un subside qui serait accordé par l’état.

Agréez ... "

Le Maire présente alors au Conseil un dossier qu’il avait mûrement préparé.

Les plans ont été dressés par Monsieur Oudion, architecte à Corbeil. Le devis est chiffré à 19 813,73 francs.

Le Conseil donne son accord et décide : d'acquérir l'immeuble de Monsieur Etienne Denis Rémon, moyennant l'abandon de la maison école actuelle et de son jardin avec une soulte de 1 000 francs, d'acquérir les terrains de Messieurs Chapart, Pierre Vincent, Hervieu Jules, Aristide Aimable Imbault, Besnard et Madame Veuve Rémon, contenant ensemble 40 ou 45 ares moyennant une somme de 1 800 francs à condition toutefois que la commune obtienne les secours demandés.

Selon les lois de l'époque, les plus imposés de la commune doivent donner leur avis. Ils entrent en séance et donnent leur accord.

La dépense totale est de 33 000 francs.

14 000 francs sont empruntés à la Caisse des écoles et seront remboursés en 31 annuités de 700 francs.

Une imposition extraordinaire de 8 centimes sera ajoutée au principal des quatre taxes pendant trente et un ans. Afin de se rappeler l’année où cet impôt exceptionnel a pris effet, la façade de la mairie porte sur son fronton la date de la fin de sa construction "1881 ".

 



Architecture

Depuis sa construction, l’aspect extérieur n’a pratiquement pas changé. Seuls, le fronton portant l’inscription "1881 " et le revêtement des façades ont été refaits au cours des années 1960 dans un style beaucoup moins sophistiqué qu’à l’origine. Elle s’élève sur deux étages construits au-dessus d’une cave. En façade, un perron de sept marches permet d’accéder à une monumentale porte à double battants. Au rez-de-chaussée s’ouvrent deux grandes fenêtres, une pour la salle de la mairie, l’autre pour le logement. On en compte trois au premier étage. Le tout est couvert d’un toit à quatre pentes en ardoises.

L’intérieur se compose d’un rez-de-chaussée traversé par un couloir avec à gauche en entrant la salle de mairie, un escalier pour monter dans les étages, au fond un second escalier pour descendre au sous-sol, à droite la salle à manger et la cuisine de l’instituteur. Le premier étage, est aménagé de trois pièces attribuées au logement de fonction de l’instituteur, et d’une quatrième servant aux archives municipales. Au second étage se trouvent les greniers et une petite chambre de bonne.

Les plafonds y étaient hauts et les nombreuses et grandes fenêtres laissaient entrer luminosité et air pur conformément à ce qui était préconisé à cette époque. Dans toutes les pièces le sol était carrelé de tomettes rouges. Une cheminée était installée dans chaque pièce principale (salle de mairie, salle à manger et dans deux pièces du premier étage).

 



La salle de classe

Du logement de l’instituteur une porte donnait accès à un couloir qui conduisait à la salle de classe. Cette classe consistait en une très grande salle, elle pouvait contenir jusqu’à soixante élèves, avec la même hauteur de plafond et le même carrelage en tomettes rouges que dans la partie mairie-logement. Elle était éclairée par six fenêtres, trois de chaque coté, surmontées chacune d’un vasistas. A l’autre extrémité de la salle, une porte à double battants donnait accès à la cour de récréation.

 



Les transformations

En 1977, le logement de l’instituteur, devenu libre, fut occupé, après la démolition de quelques cloisons, par les services de la mairie. Puis quelques années plus tard, ce fut au tour de la classe, devenue vacante, d’être transformée en salle des mariages et du conseil municipal.

En 2002, les élus qui se sentent toujours à l’étroit dans les locaux que nous venons de décrire, profitent d’une opportunité qui s’offre à eux et décident d’acquérir le château et la propriété, qui font face à l’actuelle mairie, afin d’y transférer les services municipaux.