Le château de Presles



Un coin de Cerny nommé Presles *

Lazare Carnot, l'Organisateur de la Victoire, après avoir servi comme on le sait la République, inquiet par l'ambition de Bonaparte, vote contre le Consulat à vie et, après avoir prononcé un discours important contre le rétablissement de l'Empire, abandonne les affaires publiques et va s'enfermer pour poursuivre ses études mathématiques, militaires et poétiques. C'est là, à Cerny, dans sa propriété de Presles qu'il va se retirer, transportant ainsi la résidence des Carnot de la Côte d'Or à Presles. La plus belle description de l'époque que nous ayons nous vient de son fils Hippolyte dans les "Mémoires sur Lazare Carnot". "Quand vous quittez La Ferté-Alais pour remonter la fraîche rivière d'Essonne, à moins d'un kilomètre de distance vous longez le mur d'un parc et vous apercevez au milieu de ce parc, à mi-côte, une maison perdue dans la verdure. Cette maison, construite sur l'emplacement d'un petit manoir féodal, est ombragée par un majestueux tilleul ; au bas de sa terrasse coule, dans les fossés de l'ancien château, une eau si limpide que l'on compterait au fond les cailloux ou les brins d'herbe. Elle a pour premier horizon des prairies vertes, et plus loin des collines rocheuses couvertes de bouleaux. Cette maison se nomme Presles.* "C'est Carnot qui a planté ce tilleul; il a aussi planté les deux beaux arbres verts de la cour, cette longue avenue de platanes par laquelle nous sommes arrivés, et ces cyprès de la Louisiane, apportés tout petits par André Thouin, qui étendent aujourd'hui leurs branches horizontales et leur délicat feuillage au-dessus d'un ruisseau transparent. Carnot a passé là les heures les plus paisibles de sa vie. "Il avait depuis longtemps le désir d'acquérir un coin de terre à la campagne, pour y goûter le repos et rétablir sa santé délabrée. Un de ses vieux amis de la Révolution, le général Canclaux, qui possédait une belle habitation dans la vallée de l'Essonne, l'attira vers cette contrée. Il y trouva ce qu'il cherchait : Hoc erat in votis **. C'était un nid à construire, car les spéculateurs étaient passés par là et n'y avaient rien laissé qu'un site charmant à regarnir de sa parure. Ce fut l'occupation et le bonheur de mon père pendant plusieurs années, sa serpette à la main ou sa toise d'acacia, dirigeant les ouvriers ou travaillant lui-même, procédant avec lenteur, selon la prudence commandée par ses faibles ressources. Ma mère aussi était satisfaite de pouvoir veiller au détail d'une toute petite ferme; et, quant à nous, enfants, nous ne songions pas que le paradis terrestre pût être plus beau que Presles". Il faut noter au passage que son ami le général Canclaux habitait au Saussaye, à Ballancourt, dont le propriétaire actuel et descendant est l'académicien Jacques de Bourbon Busset.

Mais quelle est l'histoire de Presles?

Nous reprendrons là aussi les archives de Sadi Carnot qui présente ainsi l'histoire de Presles : "- en 1689, Charlier, Seigneur du Grand Presles dépose chez un notaire une déclaration constatant qu'il tient le domaine de la Dame châtelaine de d'Huizon. - An IV : confisqué à l'Emigré de Mauroy en vertu de la loi du 28 ventôse - An V : vendu par le département de la Seine-et-Oise à Monsieur de Fourmont le 12 vendémiaire An V. - Mme Minus, séparée de biens de Mr Deschamps, achète Presles à Mr de Fourmont et complète le paiement au département le 8 germinal an V. - An XI : Mme Minus vend à Mr de Mauroy, ancien propriétaire, le 14 brumaire an XI. Le même jour, Mr de Mauroy remet la propriété à Mr Aviat pour le même prix plus un pot de vin. - le 20 septembre 1806, le général Carnot achète de Mr Aviat le parc et le clos. - le 11 février 1818, le général Carnot achète de Mr Métivet la ferme et le champ. - le 16 février 1822, Mr et Mme Pothier, beaux-parents de Lazare Carnot, achètent Presles, leur gendre ayant été exilé. - le 2 septembre 1838, mon père et ma mère le rachètent de Mr et Mme Pothier." ... et depuis 1838, Presles restera dans la famille Carnot avec cependant de nombreuses modifications : Sur le château - Hipplolyte le fera agrandir en hauteur et en avancée au centre, le peignant en fausses briques pour être "plus à la mode". - son petit fils François Carnot (fils du président) ravalera le château et pour esthétiquement faire paraître moins haut, fera poser les bas-reliefs et la colonnade de l'arrière. Sur la ferme dite "les communs" Le président Sadi Carnot fera raser la vieille ferme ancienne typique de notre région, et fera construire "une ferme modèle", donnant libre cours - d'une part à ses talents de polytechnicien, ingénieur des ponts et chaussées : un système très efficace d'évacuation des eaux usées, des eaux de pluies existe toujours avec de gros tuyaux de grès. - d'autre part à ses origines bourguignonnes en faisant construire les toits en tuiles vernissées comme ceux des Hospices de Beaune. Nous fêtons du reste, en cette année 1992, le centenaire de la fin de la construction. Pour la petite histoire, le Président aimait tellement Presles et cette ferme qu'il faisait cultiver dans la serre les fleurs dont on se servait pour la décoration des fêtes qu'il donnait avec sa femme à l'Elysée.

Quant au parc et au jardin

Lazare Carnot avait toujours voulu pouvoir vivre presque en autarcie sur son domaine : la ferme, le jardin et le potager ont toujours été le trépied de Presles. On y a toujours fait du cidre et même le pain, le four existant encore devant le château. C'est le parc qui a sans doute le plus bougé - d'après les plans de l'époque de Lazare Carnot, il n'existait qu'un miroir*** derrière Presles : il en fit faire un second et surtout planta la magnifique "allée des platanes" que l'on admire depuis la grille située devant le CES. - c'est ensuite la femme de Sadi Carnot, descendante de Dupont-White, le célèbre économiste anglais, qui remodela complètement le parc, comblant les marais, faisant serpenter la rivière dans le parc et dessinant le parc "à l'anglaise" avec grandes prairies, percées, boqueteaux, tout ceci dans une parfaite harmonie jouant avec l'eau, le dénivelé, les grandes espèces d'arbres plantées d'abord par Lazare Carnot, les complétant agréablement pour révéler par endroits des troncs et en cacher d'autres par des buissons de lauriers et de buis. De tout ceci, il reste ce jour un endroit pétri d'histoire mais surtout imprégné de belles traditions et d'amour de la famille. Et chaque année, le jour de la peinture rapide, de nombreux amoureux de ce coin de Cerny, viennent y exercer leur talent et y rêver...

Thierry Carnot


NDLR : * du nom de la presle : plante à tige creuse et épis terminaux qui croît dans les endroits humides.
** voici quels étaient mes vœux.
*** pièce d'eau de forme géométrique.