La ferme de Tanqueux




Historique

Les origines de la ferme de Tanqueux ne peuvent qu’être hypothétiques, même s’il y a quelques raisons de les faire remonter au moyen âge (existence prouvée de souterrains maintenant comblés par exemple).

On peut par contre affirmer avec une quasi certitude que la ferme existait au XVIe siècle. A cette époque, la ferme de Tanqueux et ses terres étaient en effet élevées en fief. La première citation du fief de Tanqueux que nous retrouvons remonte à l’année 1516. Nous savons qu’à cette date, il est vendu par Jean Dancarre, mesureur du grenier à sel d’Etampes, à Richard Charrier, homme d’armes de Monsieur de Guise.

Tanqueux passe ensuite aux mains de Pierre Pelletier, puis de Louise Machault, épouse en seconde noce de Robin de Bragelongue, qui réunit le Grand-Presles (château) et le Petit-Presles (ferme) pour vendre l’ensemble en 1558 aux Chartier.

Lors d’un procès qui oppose le curé de Cerny aux abbesses de Villiers la Joie, nous apprenons que François de Gruneau, curé de Cerny de 1563 à 1598, était en même temps, avec ses frères Claude et Pierre, seigneur de Tanqueux. A cette époque, la famille Mornay était fermière de Montmirault et du Petit Tanqueux.

Par la suite, Tanqueux va appartenir à un sieur de Saint Fricques. Le 22 octobre 1668 en effet, l’abbé Bonnissant, curé de Cerny, célèbre un service funèbre pour Michel de Baux, sieur de Saint-Fricques, seigneur de Presles et Tanqueux, décédé pendant un voyage qu’il avait entrepris à Candie pour combattre les Turcs. Il fut inhumé dans l’église de Cerny le 2 août 1671. Sa pierre tombale, maintenant disparue, portait l’inscription suivante : "Michel de Baux, chevalier de saint Fricqz ".

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que l’on trouve trace de la dépendance de Tanqueux de la famille de Selve. En 1717, lors du baptême d’une cloche pour le clocher de Cerny dont il est le parrain, Monsieur le Comte Jean de Selve, quatrième du nom, est désigné en ses termes : " Jean de Selve chevalier, seigneur haut châtelain de Villiers, Estouches, Tanqueux, du péage de la Ferté-Alais, etc… ". Il décèdera le 8 juillet 1751 et sera enterré dans le chœur de l’église de Cerny. Sur sa pierre tombale était gravé en guise d’épitaphe : " 8 juillet 1751. Jean de Selve, chevalier, seigneur haut châtelain de Villiers, Cerny, Boissy-le-Cutté, Orgemont, Tanqueux, Chaudevaux, du fief du péage de la Ferté-Alais et autres lieux, mort à l’âge de 72 ans ".

Cette famille restera propriétaire de Tanqueux, en dépit de la Révolution, jusqu’en 1933. A cette date la ferme est exploitée par un fermier, Monsieur Verdier.

Le dernier marquis de Selve, Monsieur Guy Marc Georges Victor Dorlodot des Essarts cédera donc en 1933 la ferme et ses terres à un marchand de fonds M. Bermein qui les revendra à la famille Damiot, très anciennement de Cerny.

M. Théodore Damiot, cultivateur, l’exploitera plusieurs années avant son fils Louis Damiot. Après plusieurs années d’exploitation, ce dernier cesse toute activité agricole et loue la ferme à un cercle hippique.

En 1971, il la vendra à une branche de la famille Carnot établie à Cerny depuis le début du XIXe siècle. Ce n’est qu’après cette cession que les bâtiments vont cesser d’avoir une destination agricole et que va commencer une restauration lente et progressive qui leur a donné leur aspect actuel.



Architecture

Malgré leur ancienneté évidente, il est difficile de dater avec précision les bâtiments actuels. Un bâtiment de ferme, avant tout utilitaire, pouvait en effet subir au fil des années des modifications partielles parfois importantes afin notamment de l’adapter à l’évolution des méthodes et moyens de culture.

Quoiqu’il en soit, le bâtiment d’habitation des fermiers (à gauche de l’entrée), le pigeonnier de mille trois cents boulins (cases) et sa grange dont il forme porche peuvent être datés du XVIIe siècle.

Les anciens bâtiments d’étable et d’écurie (à droite du pigeonnier et le long du ru) existaient au début du XIXe siècle puisqu’ils sont reportés sur le cadastre de 1817 dans leurs dimensions actuelles.

On notera cependant que le bâtiment d’étable et grenier, le long du ruisseau, maintenant transformé en habitation, a subi un incendie à la fin du XIXe siècle. Sa reconstruction a été réalisée en partie en poutres métalliques et voûtains de brique creuse, selon les nouvelles techniques architecturales mises à l’honneur notamment par Gustave Eiffel.

La propriété étant bordée sur toute sa longueur par le ru, on observe également la présence d’un lavoir construit sans doute au XIXe siècle.

Toujours selon le cadastre de 1817, la grande grange à droite de l’entrée, n’occupait pas à cette date son emplacement actuel (elle paraît avoir été plus petite et plus avancée vers l’intérieur de la cour). La grange actuelle a donc sans doute été construite, avec les matériaux de la précédente, vers le milieu du XIXe, probablement à la suite d’un incendie dont les traces se retrouvent sur les matériaux de récupération.

Quant à la grange ouverte, l’épaisseur assez faible de ses murs et sa charpente sciée mécaniquement permettent de la dater de la seconde moitié du XIXe.

Tous ses bâtiments sont construits en moellons de grès et couverts de tuiles plates de couleur jaune, typique de la proche région et assez rare ailleurs.

Autrefois la cour de la ferme était, fermées par une monumentale porte charretière qui fut démontée au XXe siècle.

Le " jardin de monastère ", derrière la Grange Ouverte a été récemment aménagé à la suite de l’effondrement d’une petite grange survenu lors de la grande tempête de décembre 1999. La bordure des planches de légumes et de fleurs a été réalisée en pierres taillées récupérées lors de la démolition du grand portail de l’ancienne Abbaye de Montmirault effectuée lors de la construction du Collège Technique. La croix de calvaire du XVIIIe siècle est le cadeau d’un ami de Tanqueux.

La maison moderne, au sud du ru, est construite sur un terrain où se situait l’ancien potager de la ferme.



Le personnel de ferme

De même que la taille du pigeonnier (1), la composition du personnel employé à la ferme de Tanqueux au début du XXe siècle et celle du cheptel laissent deviner son importance.

Dans les années qui précédèrent la Grande-Guerre de 1914-1918, outre les saisonniers, qui étaient engagés pour assurer des travaux spécifiques tels que la moisson ou le binage des betteraves, et les artisans comme le bourrelier qui venait une semaine par an pour réparer les attelages ou fabriquer de nouveaux colliers, le personnel de la ferme de Tanqueux comprenait :

Soit dix personnes sans compter les fermiers eux-mêmes et leur famille.


(1) Si l’on en croit les règles existant dans les provinces assez proches concernant le nombre maximum des boulins à pigeons autorisé pour un arpent de terre cultivée, la surface exploitée de Tanqueux pourrait avoir été de 200 hectares lors de la construction du colombier. Elle était plus petite au milieu du XXe siècle.